
Voyages
Les voyages d'Eugène Fromentin
Les Maîtres d'autrefois. Belgique - Hollande

« Chercheur d’impressions nouvelles. »
« Je vais traverser des musées. L’art de peindre n’est que l’art d’exprimer l’invisible par le visible. Je ne ferai que traduire avec sincérité les sensations sans conséquence d’un pur dilettante. Il n’y aura, je vous en avertis, ni méthode aucune, ni marche suivie dans ces études. Ce serait comme une sorte de conversation sur la peinture. Mon but : soulever des questions, donner l’envie d’y réfléchir, inspirer. »
« (Rubens) Il frappe, il étonne, il vous repousse, il vous froisse, presque toujours il vous convainc, et, s’il y a lieu de le faire, autant que personne il vous attendrit. (...) Son élément c’est la lumière, son moyen d’exaltation c’est sa palette, son but la clarté et l’évidence des choses. »
« Malines est une grande ville triste, vide, éteinte, ensevelie à l’ombre de ses basiliques et de ses couvents dans un silence d’où rien ne parvient à la tirer.
Il y a peu de mouvement dans ses rues, un grand désert sur ses places, beaucoup de mausolées de marbre noir et blanc. (…) la petite herbe des solitudes qui pousse entre les pavés. »
« Pour un peintre, la peinture est sans prix. Elle doit causer bien des joies aux délicats ; en bonne conscience, elle doit confondre les plus savants. Il faut voir la façon dont tout cela vit, se meut, respire, regarde, agit, se colore, s’évanouit, se relie au cadre et s’en détache, y meurt par des clairs, s’y installe et s’y met d’aplomb par des forces. »
« La couleur aussi bien que la forme, qui respecte la vérité quand elle est expressive, ne craint pas de dire crûment les choses crues, sait son métier comme un ange et n’a peur de rien. »
« Il ne charge pas, il peint ; il ne bâtit pas, il écrit ; il caresse, effleure, appuie. »
« L’exquise sensibilité d’un œil admirablement sain, une main merveilleusement soumise, une âme vraiment ouverte à toute chose, heureuse, confiante, et grande. »
« L’art de peindre est peut-être plus indiscret qu’aucun autre. C’est le témoignage indubitable de l’état moral du peintre au moment où il tenait la brosse. »
« Œil : miroir plutôt qu’un instrument pénétrant. »
« Il se soulageait, a-t-on écrit, en créant des mondes. »
« La Haye est une des villes les moins hollandaises qui soient en Hollande, l’une des plus originales qui soient en Hollande, l’une des plus originales qu’il y ait en Europe. Elle a juste ce degré de bizarrerie locale qui lui donne un charme si particulier, et cette nuance de cosmopolitisme élégant qui la dispose mieux qu’aucune autre à servir de lieu de rendez-vous. »
« Qu’est-ce donc que le beau, ce grand levier, ce grand mobile, ce grand aimant, on dirait le seul attrait de l’histoire ?
Au fond, nous n’aimons naturellement que ce qui est beau. Les imaginations y tournent, les sensibilités en sont émues, tous les cœurs s’y précipitent. Si l’on cherchait bien ce dont l’humanité considérée en masse s’éprend plus volontiers, on verrait que ce n’est pas ce qui la touche, ni ce qui la convainc, ni ce qui l’édifie ; c’est ce qui la charme ou ce qui l’émerveille. »
« La petite ville de Harlem, noirâtre, bleuâtre, pointant à travers des arbres et perdue, sous le vaste ondoiement d’un ciel nuageux, dans les buées pluvieuses d’un mince horizon. »
« Un de ces promeneurs solitaires qui fuient les villes, fréquentent les banlieues, aiment sincèrement la campagne, la sentent avec emphase, la racontent sans phrase, que les lointains horizons inquiètent, que les plates étendues charment, qu’une ombre affecte, qu’un coup de soleil enchante. »
« L’art de peindre la lumière, de rendre les sensations aimables et reposantes dont vous enveloppe et vous pénètre une atmosphère chaude. C’est un tableau. Il est vrai sans l’être trop. »
« Les voyages lointains ont tenté les peintres et changé bien des choses à la peinture. Le motif de ces excursions aventureuses, c’est d’abord un besoin de défrichements propre à toutes les populations accumulées en excès sur un même point, la curiosité de découvrir et comme une obligation de se déplacer pour inventer. »
« (Amsterdam) Un lacet de rues étroites et de canaux m’a conduit à la Doleen Straat. Le jour finit. La soirée est douce, grise et voilée. De fin brouillards d’été baignent l’extrémité de canaux. Ici, l’air est imprégné de cette bonne odeur de Hollande. (…) Une odeur qui dit tout : la latitude, la distance où l’on est du pôle ou de l’équateur, de la houille ou de l’aloès, le climat, les saisons, les lieux, les choses. Toute personne ayant un peu voyagé sait cela : il n’y a de pays favorisés que ceux dont les fumées sont aromatiques et dont les foyers parlent au souvenir. »
« Une toile peinte est une chose discrète qui ne dit que ce qu’elle veut dire, le dit de loin quand il ne lui convient pas de le dire de près, et que toute peinture qui tient à ses secrets est mal placée si vous la forcez à des aveux. »
« Le clair-obscur est l’art de rendre l’atmosphère visible et de peindre un objet enveloppé d’air. Son but est de créer tous les accidents pittoresques de l’ombre, de la demi-teinte et de la lumière, du relief et des distances, et de donner par conséquent plus de variété, d’unité d’effet, de caprice et de vérité relative, soit aux formes, soit aux couleurs. »
